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Pr. Luc Averous



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Chimie du végétal et bioplastiques en croissance - Un point de vue !

Intensifier la recherche française sur les végétaux (amidon, glucose, glycérol, paille, résidus de bois, oléagineux…) pour développer une chimie verte en France et en Europe.

Tel est l’objectif de l’Association Chimie du Végétal ou ACDV (voir en fin de billet). Lancée en 2008, elle fédère à ce jour 28 membres parmi les industriels de la chimie (l’UIC- Union des Industries chimiques-UIC, BASF, Arkema, Rhodia, Solvay, …), des agro ressources (Soufflet, Roquette, Syral, l’USIPA, …) et les industriels clients en aval. Toutes les filières agricoles sont représentées au sein de l’association : la cellulose, l’amidon, les oléagineux et les protéagineux.

Limiter la dépendance de l’économie au pétrole, réduire les émissions de gaz à effet de serre, maintenir et créer de la valeur ajoutée et de l’emploi, participer à la croissance verte sur le plan international et enfin répondre aux exigences du règlement européen REACH… Tels sont les enjeux du développement de la chimie végétale dans l’Hexagone. Les dérivés des plantes peuvent en effet remplacer le pétrole dans nombre de process industriels. Des cosmétiques aux détergents et textiles en passant par les produits d’hygiène, d’entretien et d’emballages, tous ces produits pourraient être fabriqués à partir de matières premières végétales en substitution des dérivés du pétrole.

En dépit de la crise, la recherche dans ce domaine reste active en France notamment au sein du pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (IAR) et Axelera, également membres de l’association [ainsi que le Pôle Fibres]. La R et D s’accélère en particulier dans les bioplastiques déjà mis sur le marché par des industriels. L’allemand BASF a développé sa gamme de plastique Ecoflex composée à 25% de matières renouvelables. Depuis le 1er trimestre 2010, il commercialise la matière plastique dite biodégradable, l’Ecovio FS, composé de 45% d’acide polylactique (PLA) obtenu à partir du maïs et de 55% d’Ecoflex, ajoutée à sa gamme de produits des papiers d’emballages, et de films thermorétractables. La société Sphere produit aussi des sacs poubelles à base de fécule de pomme de terre commercialisés dans toute l’Europe. Roquette vient également de lancer à Lestrem (France) deux unités industrielles. L’une est dédiée à la production de la molécule isosorbide (20 à 30.000 tonnes) utilisée comme matière première dans de nombreux polymères, solvants et plastifiants verts, a précisé Christophe Rupp-Dahlem. L’autre, développée avec le néerlandais DSM vise à produire plusieurs centaines de tonnes d’acide succinique par un procédé de fermentation pour élaborer des polymères comme le PBS (Polybutylène succinate), utilisé dans la fabrication d’emballages et films agricoles. Bioamber, société détenue par ARD (Agro-industrie recherche et Développements) et DNP Green Technology, a aussi démarré en décembre dernier une unité d’acide succinique dotée d’une capacité de production de 2.000 tonnes par an. Les intermédiaires chimiques de synthèse offrent un gros potentiel à la chimie végétale. De son côté, Solvay produit de l’épichlorhydrine à partir de glycérol.

Rhodia mise également sur le sourcing végétal pour les biotechnologies. Outre la cellulose du pin utilisée pour fabriquer des filtres à cigarette [Diacetate de cellulose] ou des films de protection pour écrans à cristaux liquides, le chimiste emploie également l’éthanol pour produire des biosolvants. Les oléagineux, en particulier le soja, le colza, l’arachide, la noix de coco et le ricin servent à produire des acides utilisés ”dans la fabrication de tensioactifs pour les shampooings, gels douche ou détergents et les plastiques de haute performance pour l’automobile”, selon Jean-Marc Pujol, responsable du pôle Novecare chez Rhodia. Les biomatériaux dans les voitures ont en effet le vent en poupe. D’ailleurs PSA Peugeot Citroën souhaite intégrer une dizaine de pièces en bioplastiques dans ses véhicules d’ici à 2015 tandis qu’Arkema espère faire 10% de son chiffre d’affaires à partir de ressources végétales d’ici cette date. Le chimiste a notamment signé une convention de recherche sur les acryliques issus du végétal avec le Conseil régional de Lorraine. Ce programme, doté de 11M€ sur 3 ans, vise à élaborer un procédé de conversion du glycérol co-produit du biodiesel en acide acrylique.

Toutefois, ce développement même faible fait craindre des impacts environnementaux et sociaux majeurs à long terme. L’efficacité industrielle, économique et environnementale de la chimie végétale reste encore à démontrer. Le caractère ”renouvelable” des polymères d’origine agricole fait en effet débat. La question de la consommation d’eau lors de la phase de production des résines, notamment l’amidon de maïs, pourrait poser problème. A l’image des agrocarburants décriés, les produits biosourcés font également polémique autour de la concurrence alimentaire. Mais le président de l’Association Chimie du Végétal affirme qu’il s’agit avant tout de ”développer cette chimie du végétal de façon raisonnée sans perturber l’alimentation” et qu’il ne faut pas ”confondre les biocarburants et les produits biosourcés”. Les surfaces cultivées seraient ”moindres” pour ces produits, estime-t-il. Actuellement, 1% des surfaces arables agricoles en France serait dédié à la chimie du végétal, selon M. Rupp-Dahlem. 4 % de la surface agricole utilisée permettraient de produire des intermédiaires chimiques d’ici 2020, contre 15 à 20 % pour les biocarburants”. De même que le rapport du HCCA tient à préciser que ”le développement de la chimie végétale ne dépend pas uniquement de l’exploitation des terres agricoles mais bien d’une utilisation raisonnée (…) de toutes les formes de la biomasse encore largement inexploitée (déchets et résidus, bois et algues)”.

Les professionnels veulent se tourner vers l’analyse du cycle de vie (ACV). L’association, en collaboration avec l’Ademe, participe à la réalisation d’un document sur des ACV simplifiées pour les produits biosourcés. Les professionnels de l’association demandent en outre que le cadre fiscal et réglementaire soit optimisé pour développer la filière, à l’instar des préconisations du haut conseil de la coopération agricole (HCCA). L’association plaide pour la prise en compte ”de la contribution positive de la chimie du végétal dans la réduction des émissions de CO2”, la définition d’un objectif chiffré d’incorporation de biomasse dans certains produits et œuvre à la création d’une étiquette carbone à l’image de l’étiquette énergie.

Pour en savoir plus

Association Chimie du Végétal (ACDV) :

Association française (loi de 1901) qui réunit les acteurs économiques des agro-industries, de la chimie et de leurs industries clientes en aval, pour accélérer le développement d’une chimie fondée sur l’utilisation de ressources végétales en France et en Europe. A travers l’ACDV, ces acteurs s’engagent ensemble afin que la Chimie du Végétal soit l’un des piliers majeurs d’une économie durable, prenant en compte les aspects environnementaux et sociétaux.

l’ACDV a quatre grands domaines d’intervention :
• La représentation et la promotion de la chimie du végétal
L’ACDV élabore des positions et argumentaires communs, à destination des acteurs de la chimie du végétal, des pouvoirs publics français et européens, des media et des ONG, pour définir un contexte propice au développement d’une chimie fondée sur l’utilisation du végétal.
• L’identification des grands enjeux pour les industriels
Il s’agit de favoriser la recherche et l’innovation, en particulier dans le domaine des biotechnologies industrielles, avec pour objectif le développement de raffineries végétales (également appelées bioraffineries).
• La mise en place d’une intelligence économique et technique, au travers d’une veille internationale et d’analyses permettant d’évaluer les tendances technologiques et économiques de la chimie du végétal dans le monde.
• Une réflexion stratégique sur les actions à mener en fonction de l’intérêt des marchés (construction, cosmétiques, automobile, aéronautique, emballage…)

Source


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